De la pression des lobbying

Par défaut

Quand la politique plie face à  l’argent…

Le monde publie une interview de Michel Rocard sur les brevets logiciels.

Morceaux choisis (la mise en gras est de moi) :

Il y a autant de polémiques parce que les intérêts en jeu sont immenses. Je n’ai aucun moyen de vérifier ces chiffres, mais on nous dit que, sur le continent européen, l’enjeu – selon que la brevetabilité est généralisée à  tous les logiciels ou qu’elle est restreinte – se situerait entre 35 et 40 milliards de dollars par an de redevances.
[…]
l’Office européen des brevets (OEB), rémunéré grâce aux redevances, en a accordé une trentaine de milliers sur des logiciels depuis moins d’une dizaine d’années.
[…]
Nous avons proposé des amendements visant à  ne laisser breveter que les logiciels dont la mise au point implique l’usage des « forces de la nature ». Ce concept définit un champ restreint qui devrait permettre de breveter de 15 % à  20 % des logiciels aujourd’hui produits. Le vote du Parlement, le 24 septembre 2003, a adopté ces amendements par 361 voix pour, 157 contre et 28 abstentions. Cela a mis la Commission en fureur et a déclenché une tornade de courriels émanant d’une quinzaine de grands groupes dont Microsoft est le chef de file.
[…]
[Le Monde :] Des entreprises américaines auraient exercé des pressions ?
[Michel Rocard :] Pas seulement américaines ! Nokia et Alcatel, par exemple, sont largement impliquées.
[…]
la Commission européenne s’était attaché les travaux d’experts extérieurs parce que c’était un problème assez nouveau pour elle. Or plusieurs de ces experts extérieurs venaient de Microsoft et d’autres firmes informatiques.
[…]
Leur parler de libre circulation des idées, de liberté d’accès au savoir, c’est leur parler chinois. Dans leur système de pensée, tout ce qui est ôté au champ du profit immédiat cesse d’être un moteur pour la croissance.
[…]
Beaucoup d’entre nous, au Parlement, conviennent que jamais ils n’ont eu à  subir une telle pression et une telle violence verbale au cours de leur travail parlementaire. C’est une énorme affaire.
[…]
Le conseil des ministres de l’industrie a délibéré très vite, en à  peine une heure trente. Et ne fait aucune référence aux amendements votés en 2003.
[…]
Quant à  la France, elle se tait. Jacques Chirac s’était prononcé contre la brevetabilité extensive des logiciels pendant la campagne présidentielle. Mais le ministre de l’industrie, Patrick Devedjian, présent au conseil des ministres du 18 mai 2004, ne s’est pas élevé contre le texte.

Pas de commentaires, ça me semble assez explicite…
Ah si un commentaire quand même : faut dégager ce Devedjian.