L’allégorie de la caverne appliquée à l’ère numérique

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Une petite histoire

Dans une demeure souterraine, en forme de caverne, des hommes sont enchaînés. Ne nous ressemblent-ils pas ? Ils n’ont jamais vu directement la lumière du jour, dont ils ne connaissent que le faible rayonnement qui parvient à pénétrer jusqu’à eux. Des choses et d’eux-mêmes, ils ne connaissent que les ombres projetées sur les murs de leur caverne par un feu allumé derrière eux. Des sons, ils ne connaissent que les échos.

Que l’un d’entre eux soit libéré de force de ses chaînes et soit accompagné vers la sortie, il sera d’abord cruellement ébloui par une lumière qu’il n’a pas l’habitude de supporter. Il souffrira de tous les changements. Il résistera et ne parviendra pas à percevoir ce que l’on veut lui montrer. Alors, Ne voudra-t-il pas revenir à sa situation antérieure ? S’il persiste, il s’accoutumera. Il pourra voir le monde dans sa réalité. Prenant conscience de sa condition antérieure, ce n’est qu’en se faisant violence qu’il retournera auprès de ses semblables. Mais ceux-ci, incapables d’imaginer ce qui lui est arrivé, le recevront très mal et refuseront de le croire : ne le tueront-ils pas ?

Source : Wikipedia

Voici l’allégorie de la caverne de Platon, résumée sur Wikipedia. Ça fait un moment qu’elle me revient à l’esprit à la lecture de divers sujets.

Technologie

La technologie en générale — et l’informatique en particulier — nous entoure intensément. La majorité de la population utilise un ordinateur. Et peu sont ceux qui se posent la question de l’efficacité de leurs outils. Windows est le système d’exploitation le plus répandu sans contestation possible. Et pourtant, il est bourré de défauts, de bugs, de failles de sécurité connues et non corrigées. Mais les gens s’en accommodent, ils ne connaissent que ça et n’imaginent pas qu’autre chose puisse être mieux pour eux, comme les hommes dans la caverne.

Un autre exemple frappant est l’utilisation d’Internet Explorer pour naviguer sur la toile. À une époque où n’importe quel autre navigateur fait un meilleur travail, même devant des arguments factuels, beaucoup refusent de changer leur navigateur.

L’exemple le plus récent pour ma part est le clavier. La découverte du bépo et ensuite du TypeMatrix ont donné la dernière impulsion à la naissance de cet article : la quasi totalité de l’Humanité qui utilise un clavier se fait du mal. Ce périphérique de saisie conçu sur des contraintes mécaniques — touches en quinconce pour les tiges des machines à écrire, disposition des lettres anti-productives pour éloigner les lettres fréquemment utilisées pour éviter l’enrayement — existent toujours alors que l’électronique nous a affranchi de ces contraintes.

Pourquoi ? La légende veux que l’inventeur de la machine, ayant résolu le soucis mécanique qui avait donné naissance au qwerty avait proposé une meilleure distribution des lettres. Le patron de l’entreprise qui fabriquait les machines à écrire l’a refusé car il ne voulait pas se risquer à perdre ses utilisateurs et donc vendre moins de machines.

Pour ces même raisons, peu de constructeurs de clavier grand public se risquent à innover — on les compte sur les doigts d’une main — et du coup les gens ne connaissent pas les alternatives.

Pire, même une fois le concept présenté, peu oseront franchir le pas, même s’ils adhèrent au concept. Bon il y a le problème de l’investissement en temps pour apprendre une nouvelle distribution, et de l’argent pour acquérir un clavier orthogonal. Mais quand certains y vont à coup de mauvaise foi pour défendre ce qu’ils utilisent tous les jours — il en existe qui défendent l’accès direct au caractère « ² » ! — par refus d’admettre qu’ils utilisent un truc pourri, on est en pleine allégorie de la caverne.

3 réflexions au sujet de « L’allégorie de la caverne appliquée à l’ère numérique »

  1. Jean

    J’ai l’impression que la plupart des gens ont tendance à rejeter toute nouveauté. Plus la nouveauté va clairement dans le sens de l’amélioration et plus l’habitude est ancrée, plus le rejet est fort.

    Pourquoi ? À mon avis, c’est tout simplement un problème d’égo. Dans l’esprit de ces gens là, accepter un tel changement revient à considérer qu’ils avaient de mauvaises habitudes jusque là. Et ça, l’orgueil a du mal à le supporter.

    Les réactions me semblent souvent d’autant plus violentes que l’argumentation est faible, ce qui indique bien qu’il s’agit d’un rejet émotionnel et non rationnel.

    Et c’est loin d’être réservé au seul bépo. Je m’intéresse aussi à l’esperanto, et la situation y est exactement la même.

  2. marc

    je suis mitigé devant le commentaire précédent. Je pense qu’il faut faire la différence entre l’utilisation d’IE vs firefox & cie et bepo vs azerty.
    Dans le premier cas, ça coûte presque rien d’en changer, et souvent les arguments contre sont très creux. Par contre, pour bepo, c’est clairement pas la même chose. Je veux bien m’y mettre au bepo, j’y ai songé souvent, mais :
    – le clavier coûte chers, j’ai plusieurs ordi et je suis pas riche… ?
    – j’explique comment à mes collègues que je vais prendre 10x plus de temps à écrire un truc pendant une période d’apprentissage ?

    Quand je lis le commentaire au dessus, j’ai un peu l’impression de lire l’avis extrême opposé à celui qu’il dit dénoncer…

  3. Geobert

    @marc : tu peux taper en bépo sur un clavier normal. Typematrix c’est du bonus. Moi j’ai pas mis le bépo au travail tout de suite. Je l’ai fait environ 3 ou 4 semaines après être passé full bépo chez moi (et avoir atteint environ 30 mpm, ce qui est très confortable comme vitesse.

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