Pourquoi je n’aime plus Google

Il fut un temps où oui, j’étais plutôt fan de Google. Leur campus me faisait rêver et je voulais bosser là-bas. Leurs services étaient innovants, l’esprit était décontracté, résolument cool et leur credo « Don’t be evil » était très rassurant quant aux données qu’on leur confiait. Mais tout ceci fait désormais partie du passé, et ma position face à Big G a changé.

Comment ai-je pu être fan de Google ?

Un super service

La première version publique de Google

J’ai vécu la naissance de Google. Avant eux, je recherchais sur Internet grâce à Yahoo, AltaVista et autre Lycos. Alors voir apparaître un moteur de recherche avec des résultats d’une pertinence jamais vue auparavant, ça forçait le respect.

Puis arriva Google News, l’efficacité de la recherche Google appliquée à l’actualité, super pour recouper les sources sur une news et confronter les différents journaux !

Puis est arrivé Gmail, avec son gigaoctet de stockage (là où la concurrence offrait 10 Mo), une interface web réactive et moderne, soutenue par ce redoutable moteur de recherche qui permettait de ne plus avoir à classer ses mails mais de rechercher efficacement parmi eux, les tags à la place des trop rigides « dossiers », et j’en passe. J’ai même défendu Gmail face aux accusations de violation de vie privée, croyant toujours en leur credo. Je pensais : « Ils sont trop cool, ils ne peuvent pas se vautrer de la sorte ! »

Ouverture

Google Talk s’appuyait sur le protocole Libre XMPP et était connecté à la fédération Jabber, faisant de Google l’une des seules grosses entreprises à encourager Jabber.

Plusieurs partenariats avec Mozilla aidaient au développement de Firefox et Google contribuait activement à définir les standards du Web. Tout cela fut si rapide que Microsoft n’a rien vu venir et se trouvait tout d’un coup à la traîne. Windows n’était plus qu’un machin pour faire tourner un navigateur web.

Google libéra aussi un codec vidéo après l’avoir racheté, le WebM, pour offrir au Web un codec de qualité non soumis à une licence d’utilisation.

Innovation

De manière générale, j’ai l’impression qu’on doit pas mal d’innovations à Google. Niveau webmail, les interfaces ont donc fait un bond de géant avec Gmail, j’avais espoir que le monde adopterait le protocole Wave pour remplacer l’email, le langage de programmation Go est plutôt bon et les standards du Web ont fait de grandes avancées en peu de temps une fois le monopole IE6 cassé, ce grâce au support de Google à Firefox d’abord, puis à Chrome.

Ce qui ne va plus

Mais le temps passe, et les bévues ont fini par prendre le dessus sur les bienfaits.

Chrome

Commençons par Chrome, justement. Ajouter de la concurrence dans les navigateurs Internet est très bon. Ça stimule l’innovation et empêche un monopole à la IE6, qui avait provoqué une stagnation des technologies du Web. Malheureusement, comme déjà dit dans un article précédent, Chrome a connu un trop grand succès qui a fait perdre la boule à Google.

Google profite de son hégémonie sur l’accès à l’information pour régulièrement mettre une publicité pour Chrome sur son moteur de recherche. Pire, des nouveautés Google ne fonctionnent que sur leur navigateur et Google propose un lien pour suggérer son installation.

Android

Lorsque l’iPhone a été annoncé, Google travaillait aussi sur un smartphone, mais rien de comparable à l’innovation qu’était iOS. Du coup, ils ont dû trouver un plan B et ont racheté la start-up Android, qui développait un système d’exploitation du même nom, basé sur Linux et open source.

Une si grosse entreprise derrière un beau projet Libre, c’était une très bonne nouvelle ! Malheureusement, la réalité est très, très vite devenue bien moins rose… En effet, après avoir contribué au dépôt libre d’Android, Google a petit à petit déplacé les innovations dans les « Google Play Services » qui sont totalement propriétaires. Le même move qu’Apple avec FreeBSD et MacOS, finalement.

Android étant gratuit, les constructeurs ont suivi, et cet OS est devenu l’OS majoritaire dans le parc des smart devices. Et qu’est-ce qui se passe quand une grande firme atteint une position dominante ? Elle en abuse, bien sûr ! Les constructeurs étant obligés d’installer la suite de logiciels Google avec tous les appareils qui utilisent Android ! De quoi booster l’utilisation des services Google sans effort. Pratique qui vient d’ailleurs d’être condamnée par Bruxelles.

Bullshit

Enfin, et c’est passé relativement inaperçu, l’entreprise se met à mentir ouvertement. Je prends pour exemple une campagne de communication pour Gmail où la société prônait haut et fort que Gmail se souciait de la vie privée de ses utilisateurs. Leur communiqué appuie sur le fait d’avoir le contrôle sur la façon dont les plugins tiers peuvent accéder à vos emails. Ils insistent aussi sur le fait que les emails ne servent pas à de la publicité ciblée. C’est peut-être vrai désormais (je n’utilise plus Gmail), mais ça ne l’était pas il n’y a pas si longtemps.

Le truc qui m’a dérangé le plus dans toute cette communication est l’absence de chiffrement E2E (End to End). À une époque où les scandales du à des fuites de données personnelles arrivent tous les mois ou presque, affirmer que notre vie privée est assurée sans chiffrement est un pur mensonge.

Je m’explique un peu : Gmail stocke vos mails sur ses propres disques durs, sans chiffrement, ce qui signifie que quiconque ayant accès à ces disques peut lire les emails qui sont dessus. Du coup, en cas de faille de sécurité, vos mails partent sur la Toile. La seule et unique solution garantissant le caractère privé des données est le chiffrement E2E (« point à point » en français). C’est une technologie qui garantit que seuls le destinataire du message et vous puissiez lire ledit message. Même le fournisseur du service ne peut pas vous lire. C’est ce qui se passe entre deux utilisateurs de PGP/GPG, de ProtonMail, ou lorsque vous utilisez la fonction Secret Chat de Telegram. Même si intercepté par un tiers, le message lui sera illisible.

Du coup, garantir le caractère privé des mails sur Gmail me fait aigrement rigoler, surtout quand la raison de cette absence de chiffrement est de permettre l’intégration de services tiers qui peuvent du coup avoir accès aux mails, et potentiellement les recopier sur leurs propres disques durs, sans chiffrement…

Conclusion

Je vous passe les autres scandales qu’on peut retrouver sur la page Wikipédia dédiée à Google.

On le voit, Google n’est plus (pas ?) l’entreprise cool qui veut changer le monde de façon éthique pour laquelle elle a voulu se faire passer. Pourtant j’y avais cru, le contraste avec le grand méchant identifié qu’était Microsoft à l’époque a dû grandement y contribuer. Mais je ne suis plus dupe et je me méfie comme de la peste de tout ce qui vient de Google (entre autres). Je migre d’ailleurs doucement vers d’autres fournisseurs plus respectueux de mes données personnelles, la grande difficulté étant Android : vu que je suis allergique à Apple, il ne me reste aucune alternative viable.