La quête du bon clavier, édition 2021

Et ouais, je reviens vous parler de clavier d’ordinateur ! Il y 6 ans, je vous parlais de l’Ergodox, un clavier mécanique (que je vais abréger par MK, pour mecanical keyboard) splitté et open source. Je reviens dessus pour développer un peu, parce que je m’aperçois en le relisant que j’ai finalement été très succinct sur le sujet, ça devait être un moment où le blogging était en berne chez moi (un peu comme ces 9 derniers mois ^^').

Clavier splitté

Commençons par remettre à quoi ressemble la bête :

Vous pouvez donc constater qu’il est constitué de 2 parties séparées, c’est ce qui lui donne l’attribut de « splitté ». Avoir le clavier ainsi séparé permet d’écarter chaque partie l’une de l’autre pour s’adapter à la largeur de vos épaules, et ainsi éviter d’avoir les bras qui se plient vers le clavier, provoquant une tension latérale au niveau des poignets :

Source : Ergonomicsquest.com

Touches matricielles

Sur un clavier classique, rien n’est fait pour accommoder les doigts (Source : igloocoder.com

Seconde caractéristique sur l’Ergodox, les touches matricielles, à opposer aux touches en quinconces, comme sur les claviers classiques. Cet agencement physique des touches est un héritage direct des machines à écrire où il y avait des barres métalliques à faire passer pour actionner les marteaux qui frappaient le papier. Pour une (mauvaise) raison d’habitude du marché, les claviers électroniques ont répliqués cette limitation.

Pourtant, cette agencement fait du mal aux mains (surtout la main gauche) qui sont obligées de se tordre pour atteindre certaines touches, du moins quand on pratique la dactylographie (frappe à 10 doigts). Il suffit de constater comment les touches du pavé numérique tombent naturellement sous la main !

La différence est flagrante sur ce clavier orthogonal (Source : igloocoder.com)

Un design Open source

En me renseignant un peu, j’ai découvert que l’Ergodox n’était pas le premier splitté mais qu’il était lui même inspiré d’un autre clavier avec un design Libre, le Key64. Et la magie communautaire opérant, avec l’accès à des outils de prototypage à base d’imprimante 3D ou encore des composants électronique sur étagère vraiment pas chers (4$ le contrôleur !) ont permis l’émergence d’une diversité hallucinante de claviers ergonomiques splittés comme peut en témoigner la page web Split keyboard gallery.

À l’heure où j’écris, le site référence 125 modèles différents, la plupart étant des création par des passionnés qui diffusent leur PCB librement permettant à tout un chacun de fabriquer soit même le clavier, en achetant les pièces détachées et en jouant du fer à souder. Ce qui permet d’abaisser grandement la facture, les modèles commerciaux pouvant monter facilement à plus de 400$ pièce, contre une centaine de $ lorsqu’on passe par l’option DIY (Do it yourself).

Une communauté active

J’ai découvert tous ces claviers par le biais de la communauté des fans de claviers mécaniques sur Reddit. D’abord sur /r/MechanicalKeyboards qui traite des claviers mécaniques en général et parfois, on avait des photos de claviers ergonomiques. Puis la communauté s’est scindé avec un sous groupe qui se spécialise dans les claviers ergonomiques sur le sub-reddit /r/ErgoMechKeyboards et c’est là dessus qu’on peut voir à quel point la license Libre du Key64 a engendrer une créativité folle.

Et moi dans tout ça ?

Alors comment que ça se fait que je vous reparle de clavier moi ? C’est vrai quoi, j’ai déjà mon Typematrix et j’en suis super content ! Oui, j’en suis content, ça fait 11 ans que tape sur ce modèle et après quelques bidouilles, j’ai pu le plier à mes exigences malgré sont manque de programmativité vu que son firmware n’est pas modifiable.

RIP mon Typematrix

Et bien autant je tape sur le même modèle depuis 11 ans, autant ce n’est pas le même exemplaire que j’ai sous la main. Après 8 années de loyaux service, mes deux Typmatrix (bureau et maison) ont commencés à donner des signes de faiblesses. Certaines frappes n’étaient pas enregistrées à coup sûr engendrant un afflux de fautes de frappe et autre frustration. J’ai bien essayé de bidouiller à coup de bout de papiers pliés sous les touches pour forcer le contact à se faire, mais ça n’a pas fonctionné longtemps.

Il a fallu se rendre à l’évidence, les claviers arrivaient à la fin de leur vie et il me fallait les remplacer. Idée qui ne m’enchantais guère vu que j’avais douillé niveau tarif avec les frais de douane, mais j’ai quand même été voir sur le site du constructeur pour en commander de nouveaux et là, une vrai douche froide. Les frais de port depuis les USA ont littéralement explosés. Je ne me souviens plus à l’époque, mais aujourd’hui, on tourne à 82$ de frais de port pour 2 claviers et leur skin, portant le tout à un joli 300$ sans compter la TVA et les frais d’importation.

Je fus chanceux, l’entreprise de l’époque a bien voulu m’en acheter un et mon chef m’a permis de le garder quand je les ai quittés, vu qu’il allait probablement finir à la poubelle, et une amie en France m’a offert un des siens qui ne servait pas. Je m’en suis sorti pour rien pour 2 claviers !

Durabilité

Néanmoins, ça va faire 4 ans que j’ai changé et si j’en crois le rythme d’usure avec mon style de frappe, j’ai atteint la mi-vie du clavier. Bon, étant full time remote worker indépendamment de la situation sanitaire, je ne consomme plus 2 claviers à la fois, mais cette question de durabilité m’a titillé la tête depuis lors. L’alternative plus durable évidente c’est de passer au mécanique, mais j’y ai toujours été réticent à cause du bruit de tels claviers. Je me suis bien fait au silence de frappe du Typematrix !

Et récemment, ma chérie qui me demande ce qui me ferait plaisir pour mon anniversaire a provoqué une nouvelle crise de « je louche bien fort sur ces claviers mécaniques ». J’ai donc creusé à nouveau sur ce qui existait en switch silencieux et reddit m’apprends l’existence des « Boba U4 ». Je cherche un peu sur Youtube et tombe sur un comparatif entre ces touches, et les « Aliaz! Silent » qui étaient parmi les plus conseillés il y a 2 ans de ça, mais pas assez bon pour que je craque :

C’est bien simple, j’ai l’impression d’entendre le Typematrix avec sa skin !

Le Sofle

Du coup la spirale infernale s’est lancée, et j’ai comparé les modèles de claviers (125 modèles…). Nombres de touches, accessoires, nécessité de boitier (qui fait grimper la facture très vite)… tout y passe ! Je fini par m’arrêter sur le Sofle v2 :

Le Sofle v1 et en dessous, la v2

Bon, si vous n’êtes pas un nerd comme moi, la vue de l’Ergodox a déjà dû vous faire froncer les sourcils. Ici, j’ai sûrement provoqué une crampe du front x).

Oui oui, il y a des potentiomètres (potars) et des écrans dessus ! Les plus observateurs d’entre vous diront aussi qu’il manque des touches : pas de touche F1 à F12, ni de clavier numérique. Pour ce dernier, c’était déjà le cas sur le Typematrix, un pavé numérique est accessible en appuyant la touche Fn et on peut faire pareil ici. Pour les touches fonction, on gardera cette même logique pour y accéder.

Le clavier tourne avec le firmware QMK qui permet une configuration extrêmement poussée. C’est un peu hors de propos ici mais les possibilités sont vraiment énormes et j’en parlerais sûrement plus tard. Dommage que ce soit écrit en C :p.

Sur les 58 touches disponibles, 2 sont réservées au changement de couche. Non pas celle du bébé, une couche de configuration du clavier. Et c’est sur ces autres couches qu’on affectera les touches manquantes !

Les potars permettent des actions qui normalement nécessitent l’appui répété de touches comme déplacer un curseur ou faire Alt-Tab. Mais rien n’est figé et c’est à l’utilisateur de choisir ce qu’il fait de chaque touche, sur chaque couche.

Disposition Bépo sur le Sofle

Pour savoir si le Sofle me conviendrait, j’ai imaginé ma disposition grâce à Keyboard layout editor et ça donne ça :

Pour la légende :

  • = Alt
  • ^ = Contrôle
  • = Shift
  • = Tab

On a tout d’abord la couche de base, avec tout le clavier Bépo normal, sauf deux touches, celle du $ et celle du %, ya pas la place :p.

Les potars sur cette couche servent à faire Alt-Tab (changement d’application) et Backspace/Del quand ils sont tournés. On peut aussi les cliquer, ce qui sur cette couche fera Play/Pause et lancer KeyPirinha, mon launcher d’application.

Les touches colorées en rouge et bleu permettent donc de changer de layout. Si on en tiens une maintenue le layer assigné sera activé jusqu’au relâchement, si on presse juste la touche, le layer restera actif jusqu’à ce que la touche soit pressée à nouveau.

La couche rouge est destinée à la navigation dans le texte et à quelques raccourcis pour moi (mettre en avant Telegram ou Discord, appeler mon password manager…) et donne un premier accès aux touches fonctions. Les potars ici feront Pg Up/Pg Down ainsi que déplacement de curseur. On verra à l’usage si ça permet de virer les touches fléchées pour y mettre autre chose.

Enfin, la couche bleu présente le pavé numérique sur la partie droite et la partie gauche est à destination de la programmation en Rust et C++. Le potar de gauche servira à passer à l’occurrence suivante lors d’une recherche et je n’ai pas encore décidé à quoi servira celui de droite. Certain font de l’undo/redo avec, peut être que je testerais :)

Comme on dit : La suite au prochain épisode

Bon, il commence à se faire long ce post, et je pense avoir fait le tour jusqu’à ce que j’ai effectivement le clavier en pièces détachées devant moi. Je ferais un rapport ici, bien entendu, pour la postérité !