Switches de clavier : la jungle

Je vous ai parlé de mon cheminement vers les claviers mécaniques custom. C’est une recherche de confort et de plaisir de frappe. Après la mise au point du Snowslide, je pensais avoir atteint le end game comme on dit dans la communauté des claviers DIY (Do It Yourself). J’étais bien naïf…

Un confort relatif

J’avais trouvé des switches relativement silencieux, les Gazzew Boba U4, qui ont une super réputation. Dès les premières secondes sur le Sofle, j’ai adoré le ressenti de la frappe. Mais il y a eu des jours un peu plus intenses niveau utilisation du clavier, que ce soit à cause du boulot ou de jeux vidéo, où j’avais comme une sensation de fatigue des doigts en fin de journée.

C’est un peu difficile à décrire, mais disons que j’avais conscience de mes doigts, alors qu’en temps normal, ils se font oublier. Sensation qui s’est aggravée récemment pour je ne sais quelle raison et qui m’a fait me questionner sur ces switches.

En cherchant un peu, j’ai découvert que je n’étais pas le seul dans ce cas et un peu de lecture m’appris que les Boba U4 sont à ranger du côté des switches « lourds ». Leur ressort nécessite 62g de pression pour être totalement enfoncé, et le switch est de la catégorie « tactile ».

Les différentes sorte de switches

On voit bien les 2 contacts en cuivre

Alors avant d’aller plus loin, je vais devoir expliquer un peu le fonctionnement d’un switch de clavier mécanique. C’est très simple, on a un petit boitier qui a en bas deux petites pattes qui dépassent, des contacts qui sont connectés au PCB. Ces pattes se prolongent dans le boitier de la touche et l’une d’elle est sous tension mécanique. Lorsqu’on presse la touche, la partie mobile (stem) descend et laisse la patte tendue faire contact avec l’autre patte, fermant le circuit. Ensuite le contrôleur du clavier détecte ça et quelques lignes de firmware plus tard, un code est envoyé via USB au PC, mais c’est une autre histoire.

Selon comment ce stem est conçu, on peut ranger les touches en trois grandes catégories :

  • Linear, rien de spécial, le stem descend et laisse le contact se faire, remonte et repousse la patte en tension pour couper le circuit ;
  • Tactile, le stem a une bosse qui va frotter sur la patte en tension, créant une résistance lors de l’appuie de la touche et qui fait forcément un peu de bruit au passage ;
  • Clicky, on a aussi une bosse mais une partie mobile sur le stem va cliquer qui va amplifier le bruit de la bosse et faire un click lorsqu’on passe la bosse. Des gens aiment le bruit de tels mécanismes.

Source: https://easysoundproof.com/quietest-mechanical-keyboard-switches/

Les Boba U4

Au début de mon voyage dans le monde des claviers mécaniques, je cherchais absolument à garder le silence du TypeMatrix. J’avais alors trouvé des tests des Boba U4 qui me semblaient faire l’affaire, et de ce côté là, ils ne déçoivent pas. Mais étant tactiles, couplés à un ressort de 62g qui est dans la fourchette haute de ce qui se fait, ils sont en effet un peu dur à presser. Rien d’herculéen hein, mais à la longue, c’est ça qui provoque cette sensation de fatigue parfois. Pour comparaison, un switch tactile très répandu dans les claviers mécaniques grand publique sont les Cherry Brown Mx qui ont un ressort à 55g pour activer la touche. Donc j’ai commencé à chercher une autre référence de touche pour soulager mes doigts.

Enquête et déduction

La communauté Bépo est bien sûr très intéressée par le monde des claviers. J’ai pu échanger avec quelques personnes et une d’elles (Coucou Aldoo !) avait le même soucis que moi avec les Boba U4. Après avoir testé beaucoup de switches différents, sa conclusion était qu’avec des switches tactile satisfaisant au toucher, la fatigue serait probablement inévitable. Du coup, quitte à ne pas avoir cette bosse qui procure la satisfaction de frappe, autant se rediriger vers des linéaires.

Le stem des Boba U4, avec leur coussin de caoutchouc

Ma seule expérience de linéaires était des Cherry MX Red Silent que j’ai utilisés juste le temps de flasher le clavier sur lequel ils allaient et qui était à destination d’une amie. Le peu que j’en ai touché m’a laissé une mauvaise impression, sûrement accentuée par le contraste avec les Boba U4 : c’était incroyablement mou. Le fait qu’ils soient linéaires et avec un ressort à 40g seulement expliquent beaucoup.

Partant de ce constat, il me fallait un linéaire avec un ressort plus fort, silencieux, tout en procurant une sensation de frappe satisfaisante. Car oui, un autre élément perturbateur est que les switches silencieux ont des amortisseur en caoutchouc qui nuisent souvent à la sensation de frappe, rendant la fin de course du stem élastique ou « mushy » dans le jargon.

Haimu Heartbeat

Alors j’ai cherché ce qui se faisait en linéaires silencieux et la référence la plus fréquente était les Gazzew Bobagum. Autrement dit la version linéaire des U4. J’allais partir là dessus puis une vidéo Youtube m’a fait découvrir les Haimu Heartbeat.

Les Haimu Heartbeat

Leurs particularités pour amortir le son produit par le stem : il est sculpté pour avoir des espèces de pattes qui amortissent les deux moments où une touche fait du bruit, c’est à dire quand il atteint le bout de course, et quand il remonte par la force du ressort. Le fait que ce ne soit pas des pads en caoutchouc semble procurer une meilleure sensation de frappe, sans ce rendu « gomme », selon les quelques témoignages glané sur Reddit et cette vidéo de test.

L’autre arme secrète pour atténuer le bruit : deux trous percés dans le fond du switch. Le vidéaste ne comprenait pas trop à quoi pouvait servir ces deux trous. Il a fait l’expérience et percé des switches pour voir ce que ça leur faisait. Le résultat est bluffant (des test comparatifs sont dans la vidéo) ! Je suppose que ces trous cassent l’effet caisse de résonnance du boitier.

Le stem avec ses amortisseurs sculptés

Le test

Du coup je me suis commandé un échantillon de dix Heartbeat que j’ai installé sur la home row sur chaque moitié du clavier. Je fût très rapidement conquis ! Bon, le fait d’avoir des switches aussi différents sur le même clavier est très déconcertant, mais ça m’a permis de bien comparer les sensations. Pour moi, ils ont la bonne résistance, je n’ai pas besoin de les presser à fond (bottom-out dans le jargon) pour que ça enregistre la frappe ce qui épargne des chocs aux doigts ; j’ai l’impression de taper sur un nuage. Niveau silence, ils font encore mieux que les U4, mais c’est normal vu leur nature linéaire, sans la bosse physique qui frotte. Je note toutefois que certains ont un ping audible (bruit de la patte sous tension qui frappe sur l’autre ?), sûrement dû à une lubrification trop légère en usine. Je pourrais re lubrifier les switches problématiques, mais c’est très fastidieux à faire.

Conclusion

Malgré tout, je suis très satisfait de ces Heartbeat et j’ai relativement de la chance dans leur découverte vu qu’ils sont récents (fin Septembre 2022) ! Si je m’y étais pris plus tôt, je serais certainement avec les Bobagum mais je ne le saurais sans doute jamais… sauf si ma curiosité l’emporte mais j’essaie d’éviter l’accumulation 😅.

Niveau fatigue, il va falloir laisser le temps faire son office, entre le fait de les maitriser (éviter le bottom-out autant que possible) et que la sensation de fatigue n’était pas systématique, il n’y a qu’au long terme que je pourrais savoir si c’est un succès. De tout manière, avoir gagné en silence est déjà très positif.

Vous l’aurez compris, la quête du bon clavier concerne jusqu’au moindre de ses composants afin de satisfaire des critères somme toute très personnels. Ajoutons que certains composants ont eux même pleins de paramètres, on arrive à une jungle de choix qui est intimidante et qui promet une quête sans fin pour les plus passionnés. J’espère toutefois être arrivé au terme de mon cheminement 😄… Mais je me mens sûrement à moi-même : j’ai déjà des idées d’évolution du Snowslide…