L’échec Google Hangouts

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Voici quelques semaines que le remplaçant de Gtalk, Google Hangouts, est sorti. Et je ne l’aime pas. Mais alors pas du tout.

L’espoir

Déjà, il y a eu l’effet déception : les rumeurs parlaient de Babel, la messagerie unifiée de Google. Gtalk n’avait pas eu de mise à jour depuis longtemps et l’interface commençait à accuser son âge. Une nouvelle messagerie avec le look Google actuel (que j’aime bien) serait la bienvenue !

L’annonce a eu lieu et ça semblait vraiment bien ! L’interface présentée est propre et moderne, les salons sont enfin possibles. Je pardonne les émoticônes en forme de crotte vu ce que ça semblait apporter.

Hangouts-Logo

Le déception

Puis je me suis posé la question des salons depuis un client tiers. En effet, on peut se connecter à Gtalk de plusieurs façons : page Gmail, client Gtalk indépendant fait par Google, client fait par d’autres comme Gajim, Pidgin ou Adium. Et ce fût le drame : Google a laissé tomber le protocole XMPP.

Pour faire simple, Gtalk utilise XMPP qui est un truc qui est ouvert et donc tous le monde peut écrire un logiciel qui parle XMPP. C’est ça qui permet de choisir avec quel programme on se connecte à Gtalk. Ça permet aussi de parler à des gens qui ne sont pas forcément avec une adresse en @gmail.com car d’autres fournisseurs de compte XMPP existent — jabber.org si je dois n’en citer qu’un.

Conséquences

Première conséquence, si vous avez des contacts qui n’avait pas d’adresse gmail.com pour la messagerie instantanée, vous ne les verrez plus. Du tout. Eux vous verrons encore, mais leur messages ne vous arriveront pas forcément et ce, sans aucune notification d’erreur (donc pour eux, vous les snobez).

Seconde conséquence, pour se connecter à Hangouts, on n’a plus autant le choix : page Gmail, page Google+ ou extension Google Chrome, seule façon d’avoir les tchat dans des fenêtres indépendantes du navigateur. Moi qui n’utilise pas Google Chrome, je suis ravis d’être obligé d’être coincé dans une fenêtre web…

Rien pour rattraper

Si ces solutions étaient vraiment de qualités, ça aurait pu faire passer la pilule peut être mais en plus d’être fermées, elles ont une ergonomie très discutable. Oui, c’est visuellement agréable, mais ça s’arrête là pour l’ergonomie. La mécanique d’utilisation est totalement absurde.

Le son qui rends fou

Le premier détail qui m’a rendu fou : le son de réception de message n’est pas désactivable. On peut soit désactiver les notifications (pour 48h max) auquel cas on n’a même pas de notification visuel de la réception de message (non, avoir le contact en gras dans la liste n’est pas une notification acceptable) soit subir ce bip qui est joué à chaque message reçu (dans un salon, ça devient très vite pénible).

Mais ayant trouvé le moyen de bloquer le mp3 ou carrément le son de Chrome sous Mac (je bosse sous Mac), j’ai retenté l’expérience Hangouts en passant par l’extension de Chrome (donc j’ai installé Chrome juste pour cette extension…). Et bien le verdict est encore une fois catastrophique.

Le bordel sur le bureau

Sur Mac, on se retrouve avec une fenêtre par conversation, pas d’onglets possible ou d’empilement de fenêtre comme le fait le client Gtalk. Cet empilement est possible sous Windows. La position par défaut des fenêtres empiète totalement sur le Dock de Mac OS, super pratique pour cliquer sur les icônes.

Voir double

Ensuite, le fait de se connecter à Hangouts depuis l’extension Chrome qui est — je le rappel — le moyen qui ressemble le plus à un client standalone (qui permet d’avoir des fenêtres indépendantes et non pas coincées dans une page web), nous connecte automatiquement sur la page Google+. En quoi est-ce génant ? J’ai Chrome lancé juste pour hangouts et un onglet sur Google+ sur Firefox. Tous les messages apparaissent à la fois sur Chrome et Google+… POURQUOI ?!! Si je veux hangouts sur la page Google+ je sais cliquer ! Sur Gtalk si je m’étais connecté sur la page Gmail et sur un logiciel tiers, je recevais aussi les messages en double, mais me connecter à Gtalk via un logiciel tiers ne me connecte pas automatiquement depuis la page web !

Binaire

Enfin, la liste de contact. Google a décidé que le status est inutile. Vous êtes connecté ou pas. C’est tout. Fini les messages status, les « ne pas déranger » ou « invisible ». Si la version desktop est encore assez claire sur le fait qu’un contact soit connecté ou pas, la version mobile zappe grandement la notion : l’avatar est légèrement grisé si le contact est offline… et faut vraiment s’accrocher pour le voir.

Conclusion

Google m’avait ravis avec Gtalk et son ouverture vers XMPP. Ils avaient même publier une évolution à XMPP pour permettre la visio. Et sous prétexte qu’aucun autre acteur n’ait suivi, ils font marche arrière. Ce qui m’enrage le plus, c’est que tout le monde s’en fiche. On a un marché de la messagerie instantanée qui est totalement fragmenté : les gens qui sont sur Skype ne peuvent pas parler à ceux sur Hangouts et inversement. Et ce pour tous les systèmes de messagerie instantanée. C’est comme si en ayant une adresse mail chez Free, vous ne pouviez pas écrire à quelqu’un qui est chez Gmail. Ou que en étant chez Orange, vous ne pouviez pas joindre quelqu’un chez SFR.

Hangouts ne sera pas un échec d’audience, mais c’est un échec technique.

 

De l’approche sociale de Google

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Google n’en est pas à son coup d’essai dans les réseaux sociaux mais, disons le, il a accumulé échecs sur échecs. Il y a eu Orkut, avec un certain succès uniquement en Amérique du Sud, Buzz avec l’énorme bourde sur la confidentialité, Latitude qui arrive tellement tardivement par rapport à Foursquare et autre Facebook place qu’il a du mal à décoller.

Google a mis en place récemment son « +1 » qui permet de faire un « like » sur un contenu du web ou sur les résultats d’une recherche Google. Là il lance Google+, qui se veut un moyen plus fluide de partager du contenu avec ses contacts en les cloisonnants dans des Cercles. Je vous laisse le soin de lire les articles qui le décrivent en détails.

Ce qui me fait pondre cet article, c’est qu’il n’y a pas si longtemps, je reprochais à Facebook de faire un web dans le web. L’approche de Google en ce sens est nettement plus ouverte (j’ai pas dis que Google est un ange hein) : il ajoute une couche sociale au web là où Facebook met le web dans son réseau social.

Et à mes yeux, ça change tout. À côté de cet aspect, Google s’emploie à faciliter la récupération des données qu’on héberge chez eux, encore un signe d’ouverture.

J’espère que ça marchera, moi en tout cas, je suis sur les starting block pour déménager !

Ce qu’on aurait gagné à passer à Wave

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Je préparai cet article pour promouvoir Wave. Et je découvre avec stupeur que son développement a été interrompu purement et simplement 🙁

Je voyais Wave comme l’outil fédérateur manquant : membre de plusieurs forums, j’espérais un moyen de rassembler mes différentes interventions dans Wave.

Il m’arrivait aussi d’avoir une discussion IM (jabber) depuis le travail et de m’envoyer un mail sur gmail pour récupérer l’information une fois chez moi ; avoir eu la discussion dans Wave m’aurait évité cette étape.

Ils avaient montré une intégration avec Blogger pour suivre les commentaires d’un post de blog depuis Wave, j’attendais le plugin WordPress avec impatience…

Tout cela n’est que gain de temps et de confort, mais le cas qui m’a fait rêver d’un monde où tout le monde utiliserait Wave, c’est simplement dans les emails que je l’ai croisé : un mail de masse pour organiser une fête ou un cadeau, les gens répondent à partir du dernier mail reçu qui est déjà périmé car quelqu’un d’autre a répondu. Ceux qui ne peuvent se joindre à la fête et qui veulent être enlevés de la — très — longue liste des destinataires, qui doivent le demander encore car une copie du mail avec eux circule toujours. Les mails de réponse en chaîne car une personne réponds à chacun des mails reçus à grand renfort de « oubliez le mail précédent »… Tout ce chaos était résolu dans Wave… *soupir*

Alors pourquoi cet échec ? Une trop grande puissance.

Cet outil est complexe, il y a du wiki, du mail, de l’instant messaging, du document collaboratif, du réseau social, du temps réel… un peu trop de choses pour le quidam qui ne maîtrise pas la moitié de ce je viens d’énumérer. Faire une interface qui permette de manipuler cette richesse n’est pas aisé et ce qu’ils ont fait n’était pas suffisant : compliqué, lent (dur de s’en servir sur un netbook un peu ancien).

Une autre raison du fiasco est la politique d’ouverture : le coup des invitations, ça a marché avec Gmail car ça fonctionne avec les autres gens qui ont un mail qui ne soit pas Gmail. Faire ça avec un service qui ne fonctionne qu’avec lui-même, pour du collaboratif, c’est le rendre inutile d’office. L’ouvrir à tout le monde un an plus tard n’aura rien changé, le buzz étant tombé.

Enfin, le truc qui a ruiné Wave : le manque d’intégration avec les emails. Quand on a comme ambition de réinventer le mail, il faut pouvoir l’absorber pour faire venir les utilisateurs. Était-ce techniquement trop difficile ? Je ne sais pas, mais je me souviens que ce fut ma plus grande déception quand j’ai mis la main sur le service.

Du coup, le mail n’est pas prêt de mourir (gardant avec lui tous ses défauts) et on va devoir attendre du progrès du côté de Mozilla et son projet Raindrop pour la centralisation.

Tout ça me laisse un goût amer de déception 🙁