Pourquoi les filtres « instagram » me fatiguent

Par défaut

Il faut que ça sorte. Mes amis le savent : je déteste les filtres numériques sur les images. Ce mépris que j’ai pour les images « instagramisées » est assez difficile à expliquer quand je tente l’analyser tellement il est devenu viscéral.no-instagram

La fréquence

Une première étape dans l’analyse m’a mené à l’emploi généralisé de ces artifices. Avant instagram, ces effets étaient rares et donc originaux. Quand ils étaient employé, c’était pour exprimer quelque chose. Un noir et blanc pour jouer sur le contraste de la scène, un effet désaturé pour accentuer la nostalgie, un cadre « polaroid » pour le vintage etc…

Rendre ces filtres accessibles facilement, ça semblait être une bonne idée, j’aime l’idée de faire tomber les obstacles techniques. Mais comme pour toute chose, l’abus est nuisible. Ces effets ne sont plus l’exception, et ce qui était exceptionnel devient banal, ennuyant, vidé de tout sens. Ce qui est triste, c’est que lorsque la créativité est pourtant là, je n’arrive plus à la voir (et je ne suis pas le seul). Dès que je vois un noir et blanc ou un filtre vintage, je ne peux plus admirer la photo, je cherche d’abord si l’effet est justifié, avec un a priori négatif.

L’aliénation

insta_con

Non mec, le filtre ne sauve pas ton air con…

Conséquence de la fréquence, ces effets sont devenu pour beaucoup des automatismes. Pas une seule image produite ne peut être partagée sans y avoir mis une grosse dose d’effet en trois tap sinon, ce n’est pas « cool ». J’ai vu des photos à la composition réussie gâchées par un effet qui n’avait pas la moindre justification si ce n’est pour faire comme tout le monde. Donc non, mettre un filtre à votre tranche de vie ne la rendra pas plus intéressante, ça ne la rendre que plus irritante.

Certains me disent aussi que ce n’est pas destiné à être de l’art, que c’est « juste une tranche de vie ». C’est sûr que dénaturer totalement les couleurs de ce que vous capturez permet de mieux partager le moment… On en arrive quand même à un stade où certains clichés qui ont eu la chance d’une lumière magnifique d’être marqués #NoFilter, qu’on ne vienne pas me dire que les filtres ne sont pas omniprésents.

Le nivellement par le bas

Vu que vous êtes nombreux à pratiquer le filtre, certains croient que c’est la clé d’une photo intéressante. Pourtant, la discipline de la Photo s’articule autour de règles techniques qui sont là pour aider à faire de belles images.

Non, les règles ne brident pas la créativité. La musique par exemple est totalement codifiées, sinon, ça sonne faux. Et pourtant, de la créativité, on en trouve encore aujourd’hui. La Photographie, c’est pareil. Il y a des règles élémentaires pour éviter de sonner faux. Ça passe par le cadrage, la maitrise de la profondeur de champs, la  vitesse d’exposition et la manipulation de la lumière capturée.

La règle des tiers

La règle des tiers. (source wikipedia)

Nul part on ne parles de manipulation après déclenchement car là est l’art du photographe : capturer une image. Pas de la retoucher à outrance. Le numérique nous a offert plein d’outils de postproduction. C’est chouette, mais on ne parle plus de faire de la photo. Même des sites spécialisés tombent dans le panneau en appelant ça du talent.

Syl Arena, un photographe professionnel qui donne pas mal de conférence sur l’art de modeler la lumière a dit : « J’ai choisi d’être un photographe, pas un retoucheur. ». Le jour où j’ai entendu cette phrase, je me suis juré de rendre mon traitement minimaliste lors du développement de mes photos.

Si, les effets peuvent être chouette

Alors ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, si, il existe encore des cas où je reconnais l’apport indéniable d’effets à outrance. Je découvre d’ailleurs pendant l’écriture de cet article, Margarita Kareva qui les emploi dans des compositions déjà très oniriques mais qui sublime en effet la vision que l’artiste avait au moment de faire sa prise de vue.

Une magnifique photo de Margarita Kareva

Pour ma part, j’ai du y faire appel une fois à outrance pour sauver un shooting entier où de mauvais réglages m’avait fait cramer l’intégralité des clichés, ou pour accentuer encore le mauvais temps qu’il faisait.

Oui, en cache misère donc pour rattraper des photos ratées.

Live de DJ

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Voici un live de DJ :

À la vue de cette vidéo, j’allais écrire un article bien baveux sur le fait que je trouve ridicule le principe de live de DJ. Puis en listant mes arguments et en prenant du recul, me suis aperçu qu’ils n’étaient pas pertinents.

J’allais dire que je ne voyais pas en quoi manipuler des boutons en repompant le son fait par d’autres et tout mélanger dans une mixture plus ou moins digeste pouvait être difficile. Que les musiciens avaient beaucoup plus de mérite car maitriser leur(s) instrument(s) avait nécessité plus de travail. Que la créativité n’était pas de très haut niveau vu qu’ils utilisent des samples.

Mais en fait, ces arguments ne tiennent pas debout : une platine ce n’est pas vraiment ce qu’il y a de plus simple à manipuler. Ça nécessite un apprentissage, et une maitrise avant de pouvoir être créatif dessus. Et beaucoup font leur propre sample.

Alors pourquoi ai-je ce dédain pour le live de DJ ? Certes la musique électronique ne fait pas partie de mes genres préférés mais « Down the road » de C2C ou pas mal de morceaux d’Archive me plaisent, je ne suis donc pas totalement fermé au genre. Ça ne vient donc pas du style musical.

Je pense que la raison principale qui fait que je dénigre le live de musique électro est le manque de charisme d’un DJ en action :

djÀ comparer à l’allure d’une rock star :

no-not-this-fleaSur scène, les musiciens occupent l’espace, courent, dansent (non, faire le pigeon avec sa tête sur l’intégralité du concert n’est pas une chorégraphie). Les DJ, eux, restent derrière leur table de mixage, leur dextérité n’est pas perceptible. Chais pas, c’est comme si on allais voir un live d’un grand chef cuisinier, c’est totalement ridicule ! Je ne parles pas de prendre un cours de cuisine hein, juste le regarder cuisiner.

Enfin il y a la nature même de la musique de DJ. Aussi compliquée soit-elle, une platine est au trois quart automatisée, le DJ devant superviser l’enchainement des samples qu’il a choisit. Et dans un  processus où la machine occupe une telle place, je n’arrive pas ressentir quoi que ce soit. Quand je vais voir un artiste en concert, sa présence scénique participe beaucoup au ressenti que je peux avoir sur ce que j’entends.

Sur l’extrait au début de l’article, ils sont quatre. Et pourtant je n’y vois aucune présence scénique. Ils sont sur leur platine, font les même gestes, je ne sais même pas qui est responsable de quoi dans la chanson. Comment s’attacher à qui que soit ? Comment sentir que c’est un live et non pas un gloubi glouba totalement programmé ?

Le manque de vie dans un live, c’est ça qui me dérange le plus finalement.