Un autre facteur du cloisonnement de la pensée

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Je vais revenir encore un peu sur ce sujet de cloisonnement de la pensée. Ce coup-ci, pas de lien avec les technologies, mais j’ai vu une vidéo qui ajoute encore un facteur aggravant à ces « fake news » :

Je vous conseille de la regarder. C’est très instructif, et pour les feignants ou les non anglophones, je vais résumer l’idée de la vidéo : réfléchir est déplaisant. On a deux types de fonctionnement : l’un est feignant et demande un effort conscient de notre part ; c’est ce mode qui analyse, qui décortique et qui trouve les erreurs quand on corrige un truc. L’autre est hyper rapide et traite un flux continue d’informations venant de nos sens, repère les éléments clés pour jeter le reste et réagit en conséquence, et ne nous demande aucun effort. C’est ce qui se passe quand on marche, par exemple.

Ce n’est pas l’objectif de la vidéo, mais elle met bien en exergue le fait que réfléchir demande un effort et qu’on est naturellement feignant. On n’aime pas réfléchir, c’est dans notre nature, ça demande un effort et donc ça consomme des ressources. Et comme tout ce qui est exigeant, la Nature l’a rendu déplaisant pour éviter qu’on le fasse trop.

Du coup, ajoutez cette fainéantise naturelle au mix des bulles d’informations générées par algorithmes, et vous voilà avec un troupeau de gens enfermés dans une vue du monde biaisée et qui, en plus, n’ont aucune envie d’en sortir : ils pensent avoir raison, leur « Gunn » repérant des éléments clés qui leur parlent dans les « news », ils ne font pas l’effort de faire travailler « Drew » pour vérifier si ce qu’ils sont en train de lire ne serait pas un peu du caca.

Pas très optimiste pour l’avenir…

Internet et le cloisonnement de la pensée

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Depuis l’élection de Trump, il y a eu une espèce de prise de conscience du caractère nuisible de l’expérience utilisateur dite « personnalisée ».

Profiling, pour vous servir

Je me souviens de mes débuts sur Internet, utilisant divers moteurs de recherche (Alta Vista, Lycos, Yahoo) qui avaient chacun leur force et faiblesses et qui étaient neutres : la même recherche faite par différentes personnes donnait les mêmes résultats. Même aux débuts de Google, c’était le cas. On parlait de classement Google de manière légitime, c’était la même liste de résultats pour tout le monde !

Puis Google a grossi, et a commencé à optimiser sa source de revenus : la publicité. Afficher une pub pour des billets d’avion alors que le chaland n’a pas l’intention de partir sous peu a moins de chance d’attirer son clic que si ce même chaland est en train de faire des recherches pour planifier ses vacances. Il a fallu alors analyser l’historique des recherches de chacun pour pouvoir afficher la publicité la plus pertinente possible : c’est ce qu’on appelle le profiling.

Puis est venue l’idée de se servir de ce profiling pour personnaliser les résultats. Le but premier est d’augmenter le niveau de pertinence des résultats : si on cherche « arbre » et qu’on est développeur, il y a des chances qu’on cherche des infos sur les algorithmes portant sur les structures informatiques appelées « arbres » et non pas des informations sur les arbres, les végétaux… mais si, celui avec des feuilles qui tombent en automne. En s’appuyant sur nos recherches passées, Google est capable de savoir ce qui est susceptible de nous intéresser.

Profiling, pour vous desservir

Louable en soi, cette personnalisation finit par se retourner contre nous, individuellement, et par effet de masse critique, a fini par avoir un impact considérable sur notre société.

J’exagère ? Regardez donc la situation actuelle : on parle de bipolarisation du monde, de « echo chambers », de sites de « ré-information »… À mes yeux, tout ça, c’est en grande partie à cause de ce profiling qui a été utilisé à outrance.

Sur Google d’abord, une même recherche ne donne plus les mêmes résultats ; sur Facebook ensuite, ce que vous voyez dans le flux est le résultat d’un algorithme qui ne montre que ce qu’il juge « important pour vous » ; enfin sur Twitter, son « pendant votre absence » fait la même chose.

À force de se faire dicter ce qu’il faut voir par un algorithme, on finit par s’enfermer dans une bulle d’informations qui ne traiteront que des domaines qui nous intéressent et, pire encore, qui ne nous présenteront que des idées qui iront dans le même sens que les nôtres. Adieu idées nouvelles, points de vue différents, nous laissant nous enfoncer dans une uniformité intellectuelle qui va définir ce qu’est la « normalité » et qui fait qu’on réagit si violemment quand on se retrouve confronté à une opinion différente de la nôtre.

Bref, c’est la disparition de l’ouverture d’esprit…

Se réapproprier son flux d’informations

Pourtant, il existe des moyens pour se libérer des algorithmes et décider à nouveau ce qu’on veut lire.

Moteur de recherche

Le premier pas est de changer de moteur de recherche en optant pour un qui ne traque pas ses utilisateurs et qui livre des résultats neutres. Personnellement, j’aime bien DuckDuckGo, mais on peut aussi citer l’initiative européenne Qwant, qui me semble pas mal du tout mais dont l’affichage de base est un peu chargé à mon goût (il existe une version lite).

    

Facebook

Bon, si on pouvait arrêter de l’utiliser, ce serait le top, mais je ne me fais pas d’illusions. En attendant une prise de conscience généralisée, passez donc le flux du mode « à la une » au mode « le plus récent » en cliquant sur les « … » à côté de « Flux d’actualité » et en choisissant l’option. Attention, parfois ça se reset tout seul, mais quand vous êtes dans ce mode, il y a un petit en-tête qui vous prévient que c’est le mode « plus récent » qui est activé.

Twitter

Pour Twitter, je passe par Tweetdeck, qui n’a pas cette fonctionnalité de « pendant votre absence » et qui permet une gestion avancée des listes.

RSS

Si vous ne savez pas ce qu’est un flux RSS, c’est un canal présent sur beaucoup de sites et qui peut être enregistré dans un agrégateur pour avoir toutes les sorties d’articles dedans.

Pour éviter de dépendre du partage des autres et surtout éviter les sites conspirationnistes que je vois encore trop souvent, je choisis mes sources moi même, les plus neutres possible, et je m’abonne à leur flux RSS pour être averti d’une nouvelle parution.

J’utilise Inoreader comme agrégateur, mais il existe aussi Feedly qui est bien coté.

Decodex

Je ne vais pas en reparler j’ai écrit un article à son sujet.

Soyez pas con

Enfin, je crois que c’est la clé ultime pour ne plus se faire dicter quoi lire ou penser : prenez du recul et récupérez de l’ouverture d’esprit. Arrêter de croire que le monde est blanc ou noir, arrêtez de parler avec un ton condescendant sur des sujets dont votre seule connaissance vient d’un article sur 20 Minutes ou, pire, vu à la TV. Arrêtez le « yakafokon », le monde est bien plus complexe que ça. Soyez humble, soyez pas con.

Et si le PC traditionnel disparaissait des foyers ?

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Voilà la question que pose PCInpact dans son édito du 7 Décembre 2013. L’analyse passe par la baisse record des ventes de PC traditionnels (avec une tour) remplacés par des PC portables, eux même en baisse par rapport à l’essor des tablettes.

Actuellement, ces dernières ne font office que de second écran mais le risque qu’elles remplacent totalement les PC dans certains foyers n’est pas impossible. Et ce serait un véritable désastre.

Le PC, ce couteau Suisse

En effet, la force d’un ordinateur réside en ses périphériques de communication avec nous, humains : le clavier et la souris. Ces ustensiles sont l’interface qui nous permet de manipuler la puissance offerte par la machine, d’écrire du texte, des applications, des sites internet, de manipuler des images, du son, de la vidéo… Quand on dit qu’on est derrière un écran, il faut surtout penser qu’on est devant un clavier, ce qui permet d’agir instantanément. Et c’est la différence fondamentale avec les tablettes.

La tablette, télévision 2.0 ?

Devant une tablette, on redevient totalement passif… ou si peu actif. Sur tablette, je trouve qu’on est cantonné à un rôle de consommateur de média. Bien sûr, on peut taper des choses avec le clavier tactile, mais franchement… je ne me vois pas taper cet article sur un tel clavier (même s’il s’agit de MessagEase). Quand à la création de nouvelles applications, c’est tout simplement pas pensé pour à la base : essayez d’installer une chaine de compilation sous Android ou iOS pour voir.

Si cette prédiction se réalise, on serait tout simplement dans un monde où des gamins passeraient à côté de l’envie d’en savoir plus sur comment fonctionne tout cela, et ce, même si l’envie leur prenait, il faudrait convaincre les parents de se procurer un ordinateur, qui serait probablement devenu moins accessible financièrement.

Illettrisme moderne

Je parlais déjà en 2004 du problème de maitrise de l’informatique. Pour faire court, tout est là pour basculer dans un monde numérique, sous entendu pour le meilleur : meilleur accès à l’information, meilleur accès à la connaissance, meilleur accès à la créativité, meilleure stimulation intellectuelle.

Avec des outils tels que les tablettes, on pourrait encourager la partie culture de soi et de l’intellect — notez le conditionnel imposé par mon constat sur les top téléchargement des stores — mais en oubliant le côté productif. Une tablette ne permet pas de créer avec la même latitude qu’un ordinateur avec son clavier physique. Si les tablettes supplantent vraiment l’ordinateur classique, on va naturellement diminuer l’envie d’essayer de coder, et à mes yeux, ce savoir est bien trop précieux dans notre société actuelle pour le laisser entre les mains d’une minorité.

Alors certes, il y a des projets de mettre la programmation au programme plus tôt dans la scolarité. Mais même si ça se faisait, si la formation est au même niveau que ce qu’on nous enseignait à mon époque avec la tortue en Logo… On ne va pas vraiment donner envie à apprendre à coder ni même à acquérir une culture numérique.

Déjà qu’aujourd’hui, les problématiques numériques passe au dessus de la tête de la majorité des gens, si encore moins de gens s’en préoccupent à l’avenir, on va tomber dans un mélange de 1984 et du Meilleur des mondes, et on sera quelques papis à répéter « on vous l’avait dit » à des gens qui ne comprendrons même pas de quoi on parle…